Aucun parcours de soins n’impose de consulter d’abord un médecin généraliste face à des troubles du comportement chez l’enfant. Pourtant, la multitude d’intervenants brouille souvent l’accès à l’accompagnement adapté. Dans certains territoires, l’absence de spécialistes complique encore la démarche.
Les critères d’orientation varient en fonction de l’âge de l’enfant, de la fréquence des crises et de leur impact sur le quotidien. La coordination entre les différents professionnels reste inconstante, ce qui retarde trop souvent la mise en place d’un suivi efficace.
Comprendre les colères chez l’enfant : quand commencer à s’alerter ?
Grandir, c’est aussi traverser des tempêtes d’émotions. Entre deux et six ans, la colère s’invite régulièrement chez les enfants : cris, pleurs, refus abrupts, ces réactions font partie intégrante de l’apprentissage émotionnel. La plupart du temps, ces accès relèvent du développement classique et n’appellent pas d’inquiétude. À cet âge, la colère émotionnelle est presque un passage obligé.
Cependant, certains signaux méritent d’être observés avec attention. Si les crises de colère deviennent quasi quotidiennes ou s’installent dans la durée, s’accompagnant de troubles du sommeil, de l’alimentation ou de difficultés à l’école, il devient pertinent de s’interroger sur l’existence d’un trouble du comportement. Les professionnels en santé mentale s’attardent alors sur la répétition de réactions explosives, l’absence de progrès malgré des réponses éducatives adaptées, ou encore l’isolement qui s’installe. Dans ce cas, on dépasse le simple apprentissage émotionnel.
Pour mieux repérer les situations qui nécessitent un accompagnement, quelques repères concrets peuvent vous guider :
- Fréquence et intensité : des crises de colère qui reviennent chaque jour, sur plusieurs semaines ou mois.
- Retentissement : des répercussions visibles à la maison, à l’école, ou dans les relations avec les autres enfants.
- Durée : un comportement qui persiste alors que l’enfant a passé l’âge où l’on apprend normalement à gérer ses émotions.
La présence de troubles associés tels que le TDAH, l’anxiété ou une difficulté à gérer le stress vient parfois complexifier la situation. Chez les plus petits comme chez les adolescents, la colère peut être le reflet d’une fragilité plus profonde. Quand ces épisodes se répètent ou s’amplifient, il devient nécessaire de se tourner vers un accompagnement spécialisé.
À chaque situation, un professionnel adapté : qui solliciter ?
Devant la colère persistante d’un enfant, il n’existe pas de schéma unique. Mais une question revient fréquemment : qui contacter en premier ? Le médecin généraliste ou le pédiatre sont souvent le premier maillon de la chaîne. Leur rôle est d’évaluer l’ensemble et de réorienter si besoin vers d’autres professionnels selon la nature des problèmes de comportement rencontrés.
On se tourne vers le psychologue lorsqu’une lecture plus fine des émotions et des liens familiaux s’impose. Par le biais d’entretiens, il identifie les mécanismes sous-jacents et peut proposer des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) pour aider l’enfant à apprivoiser sa colère, à moduler ses réactions face à l’impulsivité ou au stress.
Si des troubles comme le TDAH, une anxiété marquée ou la nécessité d’un traitement se dessinent, c’est le psychiatre qui prend la suite. Il pose un diagnostic précis et coordonne la prise en charge médicale. L’accès à un psychiatre se fait souvent sur recommandation, via un CMP ou en cabinet libéral.
En cas de vécu traumatique, certains psychologues et pédopsychiatres proposent l’EMDR, une méthode reconnue pour accompagner les enfants touchés par le stress post-traumatique. Les parents peuvent également s’appuyer sur des éducateurs spécialisés ou des associations engagées pour la santé mentale des enfants, qui offrent conseils et soutien.
Pour y voir plus clair, voici la répartition des rôles principaux :
- Le pédiatre : point d’entrée privilégié, il vérifie qu’aucune cause médicale ne se cache derrière les troubles.
- Le psychologue : il évalue les aspects psychiques, propose un accompagnement, notamment par les TCC.
- Le psychiatre : il intervient pour les situations complexes, assure un suivi médical et peut prescrire un traitement.
- Les structures publiques (CMP, CMPP) : elles offrent une prise en charge collective, souvent moins coûteuse, mobilisant plusieurs expertises.
Comment choisir l’interlocuteur qui correspond à la situation de votre enfant
Pour accompagner un enfant sujet à des colères récurrentes, il faut d’abord bien cerner la situation. Les professionnels de la santé mentale apportent chacun leur éclairage. Tout commence par un diagnostic : il oriente vers le type de bilan ou d’accompagnement le plus adapté, que ce soit un bilan intellectuel, neuropsychologique, orthophonique ou psychomoteur.
Chaque situation est singulière et demande une réponse sur-mesure. Les TCC se révèlent efficaces dans la gestion de la colère. Si un traumatisme est repéré, l’EMDR peut être envisagée, à condition que le professionnel soit qualifié dans cette approche. Il arrive que l’accompagnement doive être global, combinant suivi médical, soutien psychologique, et parfois interventions éducatives.
Pour orienter votre démarche, certaines indications peuvent guider vos choix :
- Privilégiez un psychologue spécialiste des TCC lorsque l’enfant a du mal à canaliser ses émotions malgré un environnement familial stable.
- Consultez un psychiatre si un TDAH ou d’autres troubles associés sont suspectés.
- Demandez un bilan neuropsychologique en cas de suspicion de trouble des apprentissages ou de difficultés cognitives.
- Le CMP est une option pertinente pour bénéficier d’un avis multidisciplinaire, surtout si des questions sociales ou budgétaires se posent.
L’enfant n’avance pas seul dans ce cheminement : les parents sont des partenaires actifs. Leur implication, leur capacité à ajuster les réponses au fil du temps, sont précieuses pour accompagner l’évolution des besoins de leur enfant.
Conseils pour bien préparer la première consultation et soutenir l’enfant au jour le jour
Avant de rencontrer un professionnel, il est recommandé de faire le point : fréquence des crises de colère, circonstances qui les déclenchent, réactions de l’entourage et changements récents dans la famille. Regroupez les démarches déjà tentées ; ce panorama permet au spécialiste de mieux saisir la dynamique du comportement de l’enfant et d’affiner son approche.
Parler simplement avec l’enfant de la démarche permet d’éviter les non-dits. Des mots directs suffisent, sans dramatiser : « Nous allons voir quelqu’un qui aide les enfants à comprendre leurs émotions. » Cette transparence crée un climat de confiance et limite l’anxiété. Pendant la consultation, laissez à l’enfant l’espace pour s’exprimer, même s’il ne met pas tout en mots.
Au quotidien, instaurer des routines stables donne un cadre rassurant. Adapter les règles selon l’âge et les besoins de l’enfant permet de prévenir l’escalade. Miser sur le renforcement positif, valoriser un effort, féliciter une réaction maîtrisée, produit souvent plus d’effets qu’une sanction. Les parents peuvent aussi s’appuyer sur des ressources extérieures. Certains ouvrages de référence ou les recommandations de l’Inserm rappellent qu’il est salutaire d’accepter d’être accompagné.
Pour favoriser un climat plus serein, quelques leviers peuvent être actionnés :
- Planifiez des temps de parole réguliers pour laisser l’enfant exprimer ce qu’il traverse.
- Gardez un œil sur les signaux plus discrets : irritabilité inhabituelle, retrait, troubles du sommeil.
- Mobilisez les ressources locales : CMP, associations, groupes de parole peuvent être de vrais appuis.
Apprivoiser les émotions chez l’enfant prend du temps. Les parents avancent eux aussi, parfois à tâtons, mais toujours dans l’idée de construire de nouveaux repères. Cette aventure se vit à deux, entre doutes, avancées et, parfois, une confiance retrouvée, plus solide que jamais.


