Dire qu’on « ne supporte plus » son enfant n’a rien d’une provocation gratuite. C’est un cri, souvent étouffé, qui traverse bien des foyers, sans distinction de milieux ni de convictions. L’épuisement parental ne choisit pas ses cibles : il s’infiltre quand le quotidien déborde de crises, de colères, de nuits hâchées, de regards qui jugent ou qui fuient. Face à cette réalité, nombreux sont les parents qui peinent à comprendre comment ils en sont arrivés là, et plus encore, comment faire face. Stress, isolement, pressions extérieures… Les raisons du ras-le-bol sont multiples et rarement solubles dans la seule volonté. Pourtant, des pistes existent pour retrouver de la respiration et renouer le dialogue avec son enfant. Reconnaître ses limites, solliciter un soutien, s’accorder des espaces de répit, rejoindre un groupe d’entraide ou consulter un professionnel, tout cela contribue à alléger le poids et à retisser le lien familial.
Comprendre les causes qui rendent le quotidien parental difficile
La désobéissance occasionnelle n’explique pas tout. Certains enfants semblent installés dans une opposition permanente, où chaque consigne vire à l’affrontement. Le trouble d’opposition avec provocation (TOP), décrit dans le DSM-5, ne se limite pas à l’entêtement : il s’exprime par une humeur souvent irritable, une propension à la contestation et une attitude parfois vindicative. Dans ce tableau, la désobéissance n’est plus un accident, elle devient la règle. Le psychologue Russell Barkley a mis sur pied le concept de cycle de l’opposition pour illustrer comment parent et enfant se retrouvent enfermés dans un cercle de réactions négatives.
Le TDAH, trouble déficit de l’attention, avec ou sans hyperactivité, se greffe fréquemment sur le TOP. Concentration défaillante, agitation permanente, impulsivité : l’enfant peine à canaliser son énergie. Parfois, le syndrome de Gilles-de-la-Tourette s’invite aussi, ajoutant des tics moteurs ou vocaux à la liste des défis quotidiens.
On regroupe tout cela sous l’expression troubles du comportement. Repérer ces difficultés sans tarder permet d’agir avant que la situation ne dégénère. Pour cela, le neuropsychologue reste un allié de taille : il dispose d’outils d’évaluation précis pour détecter les signaux et proposer des pistes concrètes d’accompagnement.
Voici comment se distinguent ces différents troubles :
- Trouble d’opposition avec provocation : opposition quasi systématique, humeur explosive, comportements de revanche.
- TDAH : attention volatile, agitation, gestes impulsifs.
- Syndrome de Gilles-de-la-Tourette : enchaînement de tics moteurs et vocaux.
Ce panorama permet de mieux cerner la complexité des comportements difficiles et d’orienter les familles vers des réponses adaptées, loin des jugements hâtifs ou des conseils à l’emporte-pièce.
Reconnaître les signaux qui doivent alerter
Repérer les premiers signes de difficultés comportementales chez un enfant, c’est se donner une chance d’intervenir sans attendre que la situation empire. Plusieurs manifestations doivent attirer l’attention :
- Des crises de colère répétées, parfois explosives.
- Une opposition systématique à toute demande parentale ou adulte.
- Des attitudes tyranniques envers les frères, sœurs ou parents.
- Une difficulté persistante à respecter les règles à la maison comme à l’école.
- Des troubles du sommeil qui s’installent et résistent.
Les neuropsychologues disposent d’outils rigoureux pour analyser ces comportements et dresser un bilan précis. Leur travail s’appuie sur l’observation fine du quotidien, l’analyse des réactions en groupe ou en classe, la prise en compte de l’histoire familiale. Ce diagnostic permet de proposer des solutions sur mesure, adaptées à chaque situation.
Un autre facteur entre en jeu : le trouble d’attachement. Il concerne les enfants qui ont connu une séparation précoce ou une négligence dans la petite enfance. Chez eux, l’anxiété s’exacerbe, les réactions émotionnelles débordent, l’opposition devient un mécanisme de défense. Les familles recomposées ou en pleine séparation connaissent également leur lot de conflits de loyauté. L’enfant, écartelé entre deux mondes, multiplie alors les colères et résiste à toute autorité. Un suivi thérapeutique aide à traverser ces tempêtes et à retrouver un minimum de stabilité familiale.
Ces difficultés ne s’arrêtent pas à la porte de la maison. À l’école, l’enfant peine à se concentrer, perturbe la classe, accumule les retards ou les avertissements. Les enseignants, souvent démunis, doivent être formés pour repérer et accompagner ces élèves, afin d’éviter que l’exclusion ne vienne s’ajouter à la liste des épreuves.
Des pistes concrètes pour renouer le dialogue familial
Améliorer la relation parent-enfant dans ce contexte demande de conjuguer plusieurs approches, adaptées à chaque histoire et à chaque tempérament. On peut mobiliser différentes stratégies :
- Thérapies familiales : elles favorisent une remise à plat du dialogue et permettent de repérer les dynamiques qui alimentent les tensions.
- Programmes d’entraînement parental : inspirés de modèles comportementaux, ils offrent des outils pratiques pour mieux gérer les attitudes difficiles au quotidien.
- Interventions scolaires : en s’appuyant sur la collaboration entre parents, enseignants et psychologues scolaires, il devient possible de créer un cadre éducatif cohérent et soutenant.
L’éclairage des ouvrages de référence
Certains auteurs apportent un point de vue précieux et des conseils éprouvés. Parmi ces ressources, on retrouve :
- Benoit Hammarrenger, auteur de « L’opposition : ces enfants qui vous en font voir de toutes les couleurs »
- Brigitte Racine, avec « L’autorité au quotidien » et « La discipline, un jeu d’enfant »
- Gilles Cloutier, dont le livre « Vivre en harmonie avec un enfant qui s’oppose » offre des pistes concrètes
- Danie Beaulieu, qui signe « 100 trucs pour améliorer vos relations avec les enfants » et « 100 trucs pour améliorer vos relations avec les ados »
- Elizabeth Verdick, autrice de « Grrr!!! Comment surmonter ta colère »
- Dawn Huebner, avec « Champion pour maîtriser sa colère »
Réseaux d’aide et accompagnement
Le Comité Québécois pour les jeunes en difficulté de comportement met à disposition des familles des dispositifs d’écoute, des conseils et des programmes sur mesure. Ce genre de soutien permet de ne pas rester seul face à la complexité des troubles du comportement et d’avancer vers des changements concrets, à la maison comme à l’école.
Choisir d’avancer, c’est accepter d’explorer plusieurs solutions, sans chercher la perfection ni la recette miracle. S’emparer de ces ressources, c’est déjà amorcer un changement. Les liens familiaux, même abîmés par les crises, peuvent se retisser, à condition d’oser demander de l’aide, de sortir de l’isolement, et de miser sur la persévérance. Au bout du chemin, il y a la possibilité de retrouver un équilibre, et parfois, la surprise de voir son enfant sous un jour nouveau.


